Des Iraniens vivant à l'étranger ont également manifesté contre le gouvernement suite à la répression des rassemblements.

Paris (France) (AFP) - Les manifestations en Iran se sont apaisées après une répression qui a fait des milliers de morts dans un black-out d'Internet, ont indiqué vendredi des observateurs, une semaine après le début des plus grandes manifestations depuis des années contestant le système théocratique du pays.

Reza Pahlavi, le fils du défunt shah iranien, installé aux États-Unis, s'est toutefois dit confiant quant à la chute de la République islamique et a appelé à une intervention, même si la menace d'une nouvelle action militaire des États-Unis contre l'Iran semble s'être éloignée pour le moment.

Dans des messages publiés sur les réseaux sociaux vendredi, Pahlavi a annoncé une nouvelle manifestation coordonnée, appelant les Iraniens à « élever la voix avec colère et à protester avec nos slogans nationaux » ce week-end.

Les manifestations, déclenchées par des griefs économiques, ont commencé par une paralysie du bazar de Téhéran le 28 décembre, mais se sont transformées en un mouvement de masse exigeant la suppression du système clérical qui gouverne l'Iran depuis la révolution de 1979.

Dès le 8 janvier, les rues des grandes villes ont été envahies par les foules, mais les autorités ont immédiatement imposé une coupure d'internet qui dure depuis plus d'une semaine et qui, selon les militants, vise à masquer l'ampleur de la répression.

La répression « brutale » a « vraisemblablement étouffé le mouvement de protestation pour le moment », a déclaré l'Institut d'études sur la guerre, basé aux États-Unis, qui a suivi les activités de protestation.

Mais le rapport ajoute : « La mobilisation massive des forces de sécurité par le régime est insoutenable, ce qui rend possible une reprise des manifestations. »

Pahlavi a également déclaré vendredi lors d'une conférence de presse à Washington que « la République islamique tombera – non pas si, mais quand ».

« Je retournerai en Iran », a-t-il déclaré.

L'organisation de défense des droits humains Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirme que 3 428 manifestants ont été tués par les forces de sécurité, mais prévient que le bilan réel pourrait être plusieurs fois plus élevé.

D'autres estimations font état d'un nombre de morts supérieur à 5 000 – et peut-être même de 20 000 – la coupure d'Internet entravant considérablement toute vérification indépendante, a déclaré IHR.

La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, a affirmé qu'au moins 12 000 personnes avaient été tuées lors des manifestations, citant de hautes sources gouvernementales et sécuritaires.

Le directeur de l'IHR, Mahmood Amiry-Moghaddam, a cité des « témoignages oculaires horrifiants » reçus par l'IHR faisant état de « manifestants abattus alors qu'ils tentaient de fuir, de l'utilisation d'armes de qualité militaire et de l'exécution dans la rue de manifestants blessés ».

- « Donnez une chance à l'Iran » -

L'organisation Monitor Netblocks a indiqué que la « coupure totale d'Internet » en Iran durait désormais depuis plus de 180 heures, soit plus longtemps qu'une mesure similaire imposée lors des manifestations de 2019.

Amnesty International a déclaré que cette politique était appuyée par le recours à des patrouilles lourdement armées et à des points de contrôle pour réprimer « le soulèvement populaire national en Iran », les forces de sécurité étant visibles dans les rues.

Trump, qui a soutenu et participé à la guerre de 12 jours menée par Israël contre l'Iran en juin, n'a pas exclu une nouvelle action militaire contre Téhéran et a clairement indiqué qu'il surveillait de près si des manifestants étaient exécutés.

Mais un haut responsable saoudien a déclaré jeudi à l'AFP que l'Arabie saoudite, le Qatar et Oman avaient mené « un long et frénétique effort diplomatique de dernière minute pour convaincre le président Trump de donner à l'Iran une chance de montrer de bonnes intentions ».

Alors que Washington semblait avoir pris du recul, la Maison Blanche a déclaré jeudi que « toutes les options restent sur la table pour le président ».

L'attention s'était concentrée sur le sort d'Erfan Soltani, un manifestant de 26 ans qui, selon les militants des droits de l'homme et Washington, devait être exécuté dès mercredi.

Le pouvoir judiciaire iranien a confirmé l'arrestation de Soltani, mais a précisé qu'il n'avait pas été condamné à mort et que les charges retenues contre lui ne le faisaient pas encourir la peine capitale.

Des organisations de défense des droits humains estiment que jusqu'à 20 000 personnes ont été arrêtées. Des responsables de la sécurité, cités vendredi par l'agence de presse Tasnim, ont fait état d'environ 3 000 arrestations.

- « Tous les Iraniens unis » -

Le Trésor américain a annoncé jeudi de nouvelles sanctions visant des responsables iraniens, dont Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême iranien pour la sécurité nationale.

Le président russe Vladimir Poutine s'est quant à lui entretenu par téléphone avec le président iranien Massoud Pezeshkian, dans le cadre de ce que le Kremlin a décrit comme des « efforts pour faciliter la désescalade ».

Le dissident iranien Masih Alinejad s'est adressé au Conseil de sécurité des Nations Unies

Malgré la coupure d'internet, de nouvelles vidéos datant du plus fort des manifestations, dont la localisation a été vérifiée par l'AFP, montrent des corps alignés à la morgue de Kahrizak, au sud de Téhéran, tandis que des proches désemparés recherchent leurs êtres chers.

Au Conseil de sécurité de l'ONU à New York, la journaliste irano-américaine Masih Alinejad, invitée à prendre la parole par Washington, a déclaré que « tous les Iraniens sont unis » contre le système clérical en Iran.

Le représentant iranien à la réunion, Gholamhossein Darzi, a accusé Washington d’« instrumentaliser les manifestations pacifiques à des fins géopolitiques ».