L'Union européenne se tourne vers la Chine, Bruxelles s'inquiétant de l'aggravation des déséquilibres commerciaux.

Bruxelles (Belgique) (AFP) - L'Europe et la Chine cherchaient lundi à évaluer si les frictions commerciales pouvaient être résolues sans conflit, alors que le haut responsable du commerce de l'UE, Maros Sefcovic, recevait son homologue chinois Wang Wentao à Bruxelles pour des discussions d'une journée.

L’Union européenne se tourne désormais vers la Chine, Bruxelles s’inquiétant des déséquilibres commerciaux croissants entre le bloc des 27 et la puissance asiatique.

L'enjeu est existentiel pour l'UE.

Bruxelles craint de perdre définitivement certains secteurs industriels si elle ne prend pas de mesures contre le surplus de produits bon marché fabriqués en Chine qui menace les fabricants européens.

La visite de Wang intervient moins de deux semaines après que les dirigeants de l'UE ont chargé la Commission européenne de s'attaquer au problème par le biais de discussions avec Pékin, tout en préparant simultanément des mesures de défense renforcées pour protéger les secteurs clés.

« Programme chargé, discussions de fond, objectif clair », a écrit Sefcovic sur X pour souhaiter la bienvenue à Wang pour « une journée de réunions bien remplie », qui culminera par un dîner spécial lundi soir.

Le commissaire européen au commerce devait déclarer au ministre chinois que les déséquilibres actuels sont insoutenables pour l'UE.

Le déficit commercial du bloc en biens avec la Chine a atteint environ 360 milliards d'euros (410 milliards de dollars) en 2025, ce qui signifie que le bloc a importé beaucoup plus de marchandises du géant asiatique qu'il n'en a exporté.

De son côté, Wang cherchera probablement à comprendre à quel point l'UE menace sérieusement de déployer son arsenal de défense commerciale contre Pékin.

L'Union européenne espère toujours éviter une guerre commerciale avec son deuxième partenaire commercial, la Chine, pour les seuls biens, selon la Commission européenne – la Chine ayant clairement indiqué qu'elle riposterait à toute action qu'elle jugerait injuste.

- Suivre la stratégie de Trump ?

L'Europe insiste sur la nécessité de règles du jeu équitables, soulignant que les entreprises chinoises bénéficient d'un avantage injuste en raison des subventions publiques massives dont elles bénéficient.

Les chiffres confirment les arguments de Bruxelles.

Entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont reçu environ trois à huit fois plus de soutien gouvernemental que les entreprises des pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce qui constitue, selon cette dernière, « une estimation prudente ».

L’UE dispose déjà d’un arsenal d’outils de défense commerciale qu’elle peut utiliser pour régler ce problème.



Le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, rencontrera son homologue européen, Maros Šefčovič, à Bruxelles.

Ces mesures comprennent l'imposition de droits de douane plus élevés si les enquêtes prouvent que des entreprises vendent des marchandises à des prix anormalement bas ou s'il existe un soutien étatique qui confère un avantage injuste aux fabricants.

Bruxelles pourrait également imposer des restrictions, appelées mesures de sauvegarde – notamment des quotas – en cas de forte augmentation soudaine des importations.

De nouvelles mesures sont également susceptibles d'être mises en place.

La Commission, qui pilote la politique commerciale de l'UE, travaille sur un instrument qui obligerait les entreprises à diversifier leurs fournisseurs dans des secteurs critiques comme les semi-conducteurs et les terres rares.

Et le président français Emmanuel Macron a proposé en mai une « Section 301 » européenne – l’outil commercial que le président américain Donald Trump a utilisé pour fixer des droits de douane plus élevés pour certains secteurs après des enquêtes.

- 'Pas des ennemis' -

L'UE a pris plusieurs mesures pour faire face à la flambée des importations en provenance de Chine, notamment en doublant ses droits de douane sur l'acier étranger, en imposant des taxes plus élevées sur les petits colis provenant de l'étranger et des droits de douane importants sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.

Malgré une acceptation croissante de la nécessité de durcir le ton, Bruxelles ne montre aucune envie de s'engager dans une guerre commerciale douloureuse avec Pékin.

Pékin prévient qu'elle est prête à répondre à toute mesure qu'elle estime viser la Chine.

L’UE ne considère pas cela comme de vaines menaces : lors de précédentes mesures de rétorsion, la Chine a imposé des droits de douane sur le cognac européen et mené des enquêtes antidumping sur le porc et les produits laitiers.

Cet avertissement pèse sur les capitales de l'UE.

L'Allemagne s'est montrée jusqu'à récemment plus prudente, étant donné sa plus grande exposition à l'économie chinoise, mais le plus fervent défenseur d'une approche plus pragmatique a été l'Espagne, qui recherche les investissements de Pékin.

Bien qu'il ait repris à son compte l'avertissement de la Chine concernant des représailles la semaine dernière, l'envoyé de Pékin auprès de l'UE, Cai Run, a également plaidé pour le dialogue, déclarant à un auditoire bruxellois que les deux parties étaient « des partenaires, pas des rivaux, et certainement pas des ennemis ».

Cette relation est également importante pour la Chine : l'UE est son deuxième partenaire commercial.