De nouvelles manifestations ont éclaté en Iran dans la nuit, après deux semaines d'action.

Paris (France) (AFP) - Au moins 192 manifestants ont été tués lors du plus grand mouvement de protestation en Iran contre la République islamique depuis plus de trois ans, a déclaré dimanche un groupe de défense des droits humains, alors que les avertissements se multiplient selon lesquels les autorités commettraient un « massacre » pour réprimer les manifestations.

Les manifestations, initialement déclenchées par la colère face à la hausse du coût de la vie, sont désormais devenues un mouvement contre le système théocratique en place en Iran depuis la révolution de 1979 et durent déjà depuis deux semaines.

Ces manifestations de masse constituent l'un des plus grands défis au pouvoir du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, âgé de 86 ans, et surviennent à la suite de la guerre de 12 jours menée par Israël contre la République islamique en juin, soutenue par les États-Unis.

Les manifestations se sont intensifiées ces derniers jours malgré une coupure d'internet qui dure depuis plus de 60 heures, selon l'organisme de surveillance Netblocks. Des militants avertissent que cette coupure limite la circulation de l'information et que le bilan réel risque d'être bien plus lourd.

« Depuis le début des manifestations, Iran Human Rights a confirmé la mort d’au moins 192 manifestants », a déclaré l’organisation non gouvernementale basée en Norvège, avertissant que le nombre de morts « pourrait être encore plus élevé que ce que nous imaginons actuellement ».

Des vidéos des grandes manifestations qui ont eu lieu dans la capitale, Téhéran, et dans d'autres villes ces trois dernières nuits ont filtré malgré la coupure d'Internet qui a rendu impossible toute communication normale avec le monde extérieur via les applications de messagerie ou même les lignes téléphoniques.

Des vidéos authentifiées par l'AFP montrent de grandes foules descendant dans les rues lors de nouvelles manifestations samedi soir dans plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran et Mashhad, dans l'est du pays, où des images montrent des véhicules incendiés.

Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux, dont l'authenticité n'a pas été vérifiée par l'AFP, montreraient des proches dans une morgue de Téhéran identifiant les corps de manifestants tués lors de la répression.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), basé aux États-Unis, a déclaré avoir reçu « des témoignages oculaires et des rapports crédibles indiquant que des centaines de manifestants ont été tués à travers l'Iran pendant la coupure actuelle d'Internet ».

« Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour éviter de nouvelles pertes de vies humaines », a-t-on déclaré.

Selon ce rapport, les hôpitaux étaient « débordés », les réserves de sang s'épuisaient et de nombreux manifestants avaient été touchés aux yeux par des balles, une tactique délibérée.

- « Arrestations importantes » -

L'agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency a annoncé avoir confirmé la mort de 116 personnes en lien avec les manifestations, dont 37 membres des forces de sécurité ou autres responsables.

La télévision d'État a diffusé dimanche des images des cortèges funéraires des membres des forces de sécurité tués ces derniers jours, tandis que les autorités condamnaient les « émeutes » et le « vandalisme ».

Le chef de la police nationale, Ahmad-Reza Radan, a déclaré que les autorités avaient procédé à des arrestations « importantes » de figures de la contestation samedi soir, sans donner de détails sur le nombre ou l'identité des personnes arrêtées, selon la télévision d'État.

Le chef de la sécurité iranienne, Ali Larijani, a établi une distinction entre les manifestations contre les difficultés économiques, qu'il a qualifiées de « parfaitement compréhensibles », et les « émeutes », les accusant d'actions « très similaires aux méthodes des groupes terroristes », a rapporté l'agence de presse Tasnim.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré que les « émeutiers » ne devaient pas perturber la société iranienne.

« Le peuple iranien ne doit pas permettre aux émeutiers de perturber la société. Le peuple doit croire que nous (le gouvernement) voulons instaurer la justice », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision publique IRIB.

À Téhéran, un journaliste de l'AFP a décrit une ville quasi paralysée.

Le prix de la viande a presque doublé depuis le début des manifestations, et si certains magasins sont ouverts, beaucoup d'autres ne le sont pas.

Ceux qui restent ouverts doivent fermer vers 16h ou 17h, heure à laquelle les forces de sécurité sont déployées en force.

- « Cibles légitimes » -

Reza Pahlavi, le fils exilé du shah déchu, qui a joué un rôle de premier plan dans l'appel aux manifestations, a appelé à de nouvelles actions dimanche soir.

« Ne quittez pas les rues. Je suis de tout cœur avec vous. Je sais que je serai bientôt à vos côtés », a-t-il déclaré.

Le président américain Donald Trump a exprimé son soutien aux manifestations et a menacé d'une action militaire les autorités iraniennes « si elles commencent à tuer des gens ».

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a exhorté dimanche l'Union européenne à désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien comme une « organisation terroriste » en raison des violences présumées contre les manifestants.

Il a également déclaré qu'Israël soutenait la « lutte pour la liberté » du peuple iranien.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que l'Iran riposterait si les États-Unis lançaient une action militaire.

« En cas d’attaque militaire des États-Unis, le territoire occupé ainsi que les centres militaires et maritimes américains seront nos cibles légitimes », a-t-il déclaré dans des propos diffusés par la télévision d’État.

Il faisait apparemment aussi référence à Israël, que la République islamique ne reconnaît pas et considère comme un territoire palestinien occupé.