Les rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) ont déclaré que le nord de Kidal était sous leur contrôle après une offensive du week-end.

Bamako (AFP) - Un calme fragile régnait lundi dans la capitale malienne, Bamako, et dans le bastion de la junte au pouvoir à Kati, après deux jours de violents combats entre l'armée et des djihadistes alliés aux séparatistes touaregs, qui ont plongé le pays dans l'incertitude quant à l'avenir du gouvernement militaire.

La junte fait face à une situation inédite depuis le coup d'État de 2020 qui l'a portée au pouvoir, après l'assassinat du ministre de la Défense Sadio Camara et l'absence de toute apparition ou prise de parole publique du chef militaire, le général Assimi Goita, depuis le début des hostilités.

Plusieurs villes et zones stratégiques autour de Bamako ont été ciblées lors d'une offensive à l'aube samedi par des rebelles touaregs de la coalition Front de libération de l'Azawad (FLA) et du Groupe djihadiste lié à Al-Qaïda pour le soutien de l'islam et des musulmans (JNIM).

Le Mali est englué dans la violence depuis plus d'une décennie, mais les analystes estiment que ces attaques constituent le défi le plus sérieux auquel ses dirigeants ont été confrontés depuis l'offensive de mars 2012, repoussée par l'intervention des forces françaises, qui ont depuis quitté le pays.

Nouveau coup dur pour la junte : les rebelles du FLA, un groupe séparatiste qui revendique le territoire de l'Azawad dans le nord du Mali, ont déclaré avoir le contrôle « total » de la ville stratégique de Kidal, dans le nord du pays.

Ils ont également déclaré avoir conclu un « accord » autorisant les mercenaires russes des forces paramilitaires Africa Corps, contrôlées par Moscou, à se retirer de Kidal.

Kidal était restée sous le contrôle de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant d'être reprise par l'État en novembre 2023 après une offensive de l'armée malienne soutenue par des combattants du groupe Wagner, prédécesseur de l'Africa Corps.

Selon un responsable local, les Russes devraient quitter le pays en passant par la Libye.

- Présence militaire -

Après deux jours d'intenses combats entre les soldats maliens et les groupes armés, Bamako et Kati, ville de garnison et bastion de la junte à environ 15 kilomètres (neuf miles) au nord de la capitale, étaient calmes lundi après les affrontements de la veille.



Les attaques ont été lancées par des rebelles touaregs du FLA et le Groupe djihadiste de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM).

Aucun coup de feu n'a été entendu à Kati, où l'on pouvait voir des carcasses de voitures calcinées ainsi que des impacts de balles, ont constaté des journalistes de l'AFP.

À Bamako, les écoles et les bureaux étaient ouverts, la population vaquait à ses occupations habituelles, et les points de contrôle mis en place par l'armée aux abords des camps militaires dans les deux villes, ainsi qu'à l'aéroport, ont été levés.

On pouvait encore apercevoir des soldats lourdement armés et en tenue de combat.

Lundi, le calme régnait également aux alentours de l'aéroport, dans le district périphérique de Senou, où seuls quelques avions militaires effectuaient des vols réguliers.

« Nous avons mené des opérations de ratissage toute la nuit, ce qui nous a permis de réduire le nombre de points de contrôle. Nous comptons maintenant sur la population pour signaler toute personne suspecte dans les quartiers », a déclaré un officier de Senou à l'AFP.

- Le Mali « en danger » -

Camara, le ministre de la Défense de 47 ans et membre clé de la junte, a été tué samedi dans un attentat à la voiture piégée contre son domicile à Kati, a annoncé le gouvernement dans un communiqué publié dimanche soir.

Sa seconde épouse et deux de ses petits-enfants sont également décédés, ont indiqué sa famille et un responsable.

Camara a combattu ses assaillants, « dont certains qu'il est parvenu à neutraliser », mais le général est décédé de ses blessures à l'hôpital, a ajouté le communiqué du gouvernement.

Une source sécuritaire malienne a indiqué à l'AFP que Goïta se trouvait en lieu sûr.

Après sa prise de pouvoir, il a souligné l'engagement du Mali dans la lutte anti-djihadiste et a initialement promis un retour à un régime civil.

Le Mali, riche en or et autres minéraux précieux, a depuis rompu ses liens avec son ancienne puissance coloniale, la France, et plusieurs pays occidentaux, se rapprochant ainsi de Moscou.

La Coalition des forces pour la République (CFR), parti d’opposition, a déclaré dans un communiqué que le Mali était « en danger ».

La junte avait « promis aux Maliens la sécurité, la stabilité et le retour de l'État », a-t-on déclaré.

Après l'offensive du week-end, personne ne pouvait sérieusement affirmer que le Mali était pacifié ou en sécurité, a-t-on ajouté.

L’Alliance des États du Sahel (AES), qui comprend le Mali et ses voisins dirigés par des juntes, le Burkina Faso et le Niger, a dénoncé les attaques comme « un complot monstrueux soutenu par les ennemis de la libération du Sahel ».

Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a condamné les « actes de violence » au Mali et a appelé à un « soutien international coordonné pour faire face à la menace croissante de l’extrémisme violent et du terrorisme au Sahel et pour répondre aux besoins humanitaires urgents », a déclaré son porte-parole, Stéphane Dujarric.

L'Union européenne a également condamné ces attaques.

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