La tapisserie est transportée sous protection policière.

Paris (France) (AFP) - La tapisserie médiévale de Bayeux était en route pour Londres vendredi, entreprenant un voyage extrêmement complexe pour quitter la France pour la première fois en plus de 900 ans pour une exposition dans la capitale britannique.

L'artefact fragile du XIe siècle a quitté son lieu de résidence à Bayeux dans un conteneur de haute technologie conçu pour éliminer les vibrations et maintenir une température et une humidité constantes, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.

« La tapisserie de Bayeux est en route pour Londres », a confirmé le président français Emmanuel Macron sur X.

Il était prévu qu'il traverse la Manche entre la France et le Royaume-Uni via la liaison ferroviaire sous-marine, à bord d'un camion climatisé et sous protection policière.

La tapisserie brodée de 68 mètres (224 pieds) est prêtée au British Museum à titre de geste diplomatique destiné à souligner l'amitié franco-britannique.

- Transfert compliqué -

D'origine incertaine et ayant failli être détruit à plusieurs reprises, ce chef-d'œuvre raconte l'histoire de l'envahisseur normand Guillaume le Conquérant qui traversa la Manche et vainquit le roi anglais Harold lors de la bataille d'Hastings en 1066.

À partir du 10 septembre, les visiteurs du British Museum pourront admirer l'œuvre d'art inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre d'une exposition qui se tiendra jusqu'en juillet 2027.

Certains experts avaient exprimé leurs inquiétudes quant au risque que ce transfert complexe – financé par le Royaume-Uni pour un montant non divulgué – ne cause des dommages irréversibles à une œuvre déjà fragilisée par 30 déchirures et près de 10 000 trous.

Une étude réalisée en 2021 par des experts en restauration mettait en garde contre les « risques supplémentaires » qu’un voyage de plus de deux heures ferait courir à la tapisserie.

Mais lorsque Macron a annoncé le prêt il y a presque exactement un an, il a balayé les avertissements d'un revers de main pour célébrer les relations franco-britanniques, dix ans après l'amertume du référendum sur le Brexit.

Depuis, plusieurs études techniques et deux voyages d'essai avec une reproduction grandeur nature de la tapisserie ont été entrepris pour relever le défi logistique que représente le transport d'une œuvre aussi délicate que de la dentelle.

Soulignant que la tapisserie est inachevée, Macron a écrit dans un article du journal The Times : « Il nous appartient d’écrire le prochain chapitre, dans un esprit de respect, de confiance et d’alliance renouvelée.

« Continuons à bâtir l’avenir de ce lien entre les deux rives de la Manche, de cette Entente cordiale devenue une Entente amicale. »

- Forte demande -

La tapisserie sera exposée à plat dans une vitrine surélevée spécialement conçue à cet effet.

Le British Museum a vendu un nombre record de 100 000 billets pour l'exposition, coûtant entre 25 et 33 livres sterling (34 à 44 dollars) pour les adultes, le jour de leur mise en vente au début du mois.

Suite à la vente rapide de la première tranche, d'autres billets seront mis en vente plus tard dans l'année.

En septembre dernier, les conservateurs ont mené à bien une opération délicate pour déplacer la tapisserie de son musée du nord-ouest de la Normandie, où elle n'avait pas été déplacée depuis 1983, vers un lieu de stockage secret.

L'idée de le prêter à Londres avait déjà été envisagée à deux reprises, mais les deux projets avaient été abandonnés : en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II et en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d'Hastings.

- « Sain et sauf » -

« Rien, absolument rien, n’a été laissé au hasard, notamment en ce qui concerne le transport de cette œuvre », a déclaré la ministre française de la Culture, Catherine Pegard, en juin, qualifiant certaines « insinuations d’incompétence » de particulièrement « injustes ».

Le Trésor britannique a accepté de fournir une couverture d'assurance estimée à 800 millions de livres sterling (plus d'un milliard de dollars) en cas de dommages importants à la tapisserie.

« Les risques sont extrêmement faibles », a déclaré à l’AFP en avril Philippe Belaval, chargé par l’Élysée de superviser l’opération.

Peter Ricketts, son homologue britannique, a insisté sur le fait que cette œuvre unique en son genre serait restituée à la France « saine et sauve ».

« Le montant exorbitant de la couverture d'assurance témoigne de notre détermination à garantir que le bien soit restitué en bon état », a déclaré Ricketts à l'AFP en début de semaine.

Les origines de la tapisserie restent nimbées de mystère, de nombreux érudits pensant qu'elle a été réalisée par des artisans de Canterbury ou de ses environs, dans le sud de l'Angleterre.

Elle fut probablement commandée par l'évêque Odon de Bayeux – le demi-frère de Guillaume – en 1077 pour décorer la nouvelle cathédrale de sa ville natale, Bayeux, selon le musée qui abrite la tapisserie.

En échange, les musées français se verront prêter des trésors antiques provenant principalement du site anglo-saxon de Sutton Hoo, l'un des sites archéologiques les plus importants d'Angleterre.

À son retour en France fin 2027, la tapisserie sera réinstallée dans son musée de Bayeux, actuellement fermé pour rénovation, avant de faire l'objet d'une restauration délicate et longtemps retardée.

La restauration devrait débuter en 2028 et pourrait se dérouler à l'intérieur du musée et « en présence du public » afin d'éviter d'avoir à retirer à nouveau la tapisserie, a déclaré Belaval.